« 15 avril 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16342, f. 41-42], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9209, page consultée le 02 mai 2026.
15 avril [1840], mercredi matin, 10 h. ¾
Bonjour mon cher, cher bien-aimé. Bonjour je t’aime. Pourquoi n’es-tu pas venu
cette nuit, mon pauvre amour ? Il me semble que ton volume1 est fini
et c’est bien le moins que tu te reposesa quelques heures. Aussi demain je ne vous fais pas grâce,
il faut absolument que vous DÉJEUNIEZ
avec moi, il y a assez longtemps que nous JEUNONS. Quel beau temps, mon Toto,
et qu’une petite culotte sous les
marronniers2 nous irait bien. J’ai cependant bien mal aux pieds mais pour
sortir avec toi j’irai à quatre pattes ou sur la tête, témoin hier. Ce matin je
ne peux plus poser les pieds par terre, j’ai été forcée de mettre les fameux
brodequins de flanelle mais je serais bientôt guérie si nous devions sortir
ensemble. J’ai reçu une lettre de Claire ce matin, ce sont toujours les mêmes protestations et toujours très peu
tenues, enfin je suis découragée et je n’ose plus espérer. Que tu es heureux
mon Toto tu as quatre enfants ravissantsb, moi je n’ai qu’une fille qui me donne tout le
chagrin possible, c’est si vrai que je n’en parle même jamais pour ne pas
montrer l’amertume que j’ai à ce sujet.
Je voudrais te voir, mon Toto,
j’ai besoin de te voir, je voudrais baiser tes chèresc petites mains blanches. Je
t’aime. Si tu ne me fais pas sortir aujourd’hui il est probable que je verrai
le Manière ce qui me sourit
médiocrement. Je travaillerai aussi et je te désirerai de toutes mes forces et
de toute mon âme. Jour Toto, jour mon
petit Toto, je t’aime.
Juliette
1 Il s’agit du recueil Les Rayons et les ombres.
2 Les Marronniers est un restaurant de Bercy réputé.
a « repose ».
b « ravissans ».
c « chers ».
« 15 avril 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16342, f. 43-44], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9209, page consultée le 02 mai 2026.
15 avril [1840], mercredi soir, 5 h. ¾
Vous vous êtes bien vite éclipsé, mon adoré, à peine si j’en ai eu plein mon œil que vous étiez déjà loin. J’espère que si vous avez fini vous viendrez me chercher consciencieusement ? À propos vous n’aviez pas payéa la mercerie à Mme Pierceau l’autre soir et moi je croyais que vous l’aviez payée de sorte que je n’en parlais pas à Mme Pierceau. Heureusement qu’elle me l’a dit et que je lui ai restitué tout de suite SA pauvre argent. Je voudrais déjà que ce pauvre jeune homme eût sa place, il me semble impossible qu’il ne l’ait pas, tu portes bonheur à tous ceux qui t’approchent, tu es un pauvre ange adoré. Je baise tes chers petits pieds. Quelle surprise, quelle joie, quel BONHEUR !!!!....b si tu venais me chercher pour faire une orgie échevelée quoique ce soit la semaine Sainte, je croirais ne pas pécher si tu me donnais cette fête. Quel bonheur j’aurai mes épreuves1. Je ne t’en ferai pas grâce d’abord, ainsi il faut me les chercher toutes et me les mettre de côté parce que je les veux, je les veux, je les veux. Je veux votre amour aussi et de toutes mes forces, et de tout mon cœur, et de toute mon âme, je vous donne encore le mien sans regarder trop heureuse si vous daignez le prendre.
Juliette
1 Il s’agit des épreuves du recueil Les Rayons et les ombres.
a « payer ».
b Quatre points d’exclamation et quatre points de suspension courent jusqu’au bout de la ligne.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
